Article : "Mindfulness et sommeil" - Dr François Bourgognon

Article publié le : 12/01/2018

Lorsqu’on parle de pleine conscience, méditer signifie s’entrainer à diriger son attention au moment présent. Il s’agit d’une pratique qui permet d’intensifier sa conscience et son recul envers ses expériences intimes. Ainsi, la finalité de la méditation n’est pas de s’endormir mais plutôt de s’éveiller. Il peut donc sembler paradoxal d’utiliser cette approche pour améliorer le sommeil.

Commençons par rappeler que la méditation n’est pas de la relaxation. Il existe très souvent une confusion entre ces deux démarches pourtant radicalement différentes. Si les exercices de pleine conscience peuvent effectivement engendrer un état de détente ou de calme, il ne s’agit pas d’un effet recherché. Le but de la méditation n’est pas d’atteindre un état particulier, si ce n’est celui d’être pleinement conscient de son expérience présente. Et si l’expérience du moment est désagréable, l’objectif est de s’y ouvrir sans chercher à obtenir un apaisement.

Les problèmes de sommeil comptent parmi les symptômes les plus courants et les plus précoces du stress. La plupart du temps, nous n’arrivons pas à dormir car notre esprit n’arrête pas de penser. Ce qui sous-tend l’insomnie, ce sont par exemple des ruminations sur la journée écoulée, ou encore des inquiétudes par rapport au lendemain. Et plus les heures passent, plus nous avons tendance à nous dire que le jour suivant est une grosse journée et qu’il est important de nous reposer. Cependant, les efforts de volonté pour s’endormir sont incompatibles avec le sommeil et engendrent une appréhension importante. C’est de cette façon que se forme un cercle vicieux reposant sur l’anxiété et la dramatisation de l’insomnie : plus nous essayons de nous endormir, plus nous sommes tendus et inquiets, plus nous sommes éveillés.

Lorsque nous animons des programmes de mindfulness à l’hôpital ou dans le cadre de formations, nous rencontrons systématiquement des participants qui, à leur grand étonnement, constatent ne plus avoir de problèmes d’insomnie depuis qu’ils méditent le soir. En réalité, cela s’explique assez facilement par deux mécanismes :

prise de conscience des ruminations, qui permet de sortir de l’agitation du mental ; orientation de l’attention vers les ressentis corporels, qui permet de prendre contact avec la fatigue présente et de laisser venir le sommeil. Cette technique est particulièrement efficace avec les enfants qui présentent des difficultés d’endormissement : nous leur demandons de descendre de la tête jusqu’à la respiration du ventre, parce que « dans le ventre, il n’y a pas de soucis ».

Par conséquent, la méditation de pleine conscience est un outil extrêmement utile pour réguler les problèmes d’insomnie. Toutefois, le piège est de réduire cette approche à une technique d’apaisement et d’endormissement alors qu’elle à tant à nous apporter par ailleurs. C’est la raison pour laquelle nous invitons les personnes qui ont recours à la méditation pour s’endormir le soir à méditer aussi une fois par jour pour « tomber éveillés » (dixit Jon Kabat-Zinn).

Enfin, une recommandation importante à prendre en compte pour conclure. Si vous souffrez d’attaques de panique, d’angoisses liées au corps ou encore que vous avez vécu des traumatismes dans le passé, cette approche n’est probablement pas à vous recommander en première intention. Dans ce cas, il est souvent opportun de commencer par une phase de stabilisation au moyen d’un traitement psychothérapique et/ou médicamenteux. Ceci s’avère d’autant plus vrai dans le cadre de pathologies aiguës telles qu’une dépression. En cas de doute, demandez conseil à votre médecin traitant ou à un spécialiste.

Dr François Bourgognon