L'addiction au sexe

L'addiction au sexe

Excuse bête ou véritable maladie ?

Sans volonté aucune de s’immiscer ici dans la vie privée de personnes publiques qui ont pu faire éclater au grand jour des scandales d’ « addictions sexuelles », sans vouloir rentrer dans des considérations d’éthique, de politique ou même de religion, ou se prononcer sur leur comportement ou poser des diagnostics sur leurs difficultés, ces faits divers autour de ce qui paraît être une « addiction au sexe » ont permis de mettre en lumière pour le grand public le fait que l’érotisme et la sexualité peuvent devenir pour certains tout comme le mésusage d’alcool ou de toute autre substance psychoactive pour d’autres, une addiction aux conséquences tout aussi graves.

La faible quantité d’études scientifiques à ce sujet fait qu’il n’est pas encore rentré dans les classifications psychiatriques internationales et qu’il convient de rester mesuré et prudent dans les affirmations. Et si le psychiatre n’a donc pas à se prononcer sur des pratiques qui ne sont pas interdites par la loi, ni à définir des seuils de « normalité » quant à la fréquence des rapports sexuels, il s’agit de s’exprimer sur ce phénomène en tant qu’addiction, c’est-à-dire en tant que trouble qui puisse entraîner une altération du comportement et/ou une souffrance significative et qui corresponde au moins en partie aux critères des maladies addictives.

Quels sont les critères qui permettent de définir une addiction au sexe ?

Définir un début pour cette maladie n’est pas simple. Il n’existe pas de limite bien claire et définie. Pour l’activité sexuelle, personne, non plus, ne va se poser la question de combien de fois il est autorisé de faire l’amour avec son partenaire ou de se masturber. En règle générale, l’être humain et son organisme sont faits de telle façon qu’au plus tard après trois ou quatre rapports par jour, l’intérêt et la motivation et le temps ne sont plus au rendez-vous.

Cependant quand la fréquence des rapports et besoins devient excessive, croissante et échappe au contrôle, alors on peut commencer à parler d’addiction au sexe. Les personnes qui ont une addiction au sexe ne peuvent pas s’arrêter. Non seulement, elles y pensent en permanence, mais elles se sentent de plus obligées de le pratiquer en permanence. Ce besoin de consommation obsédant occupe un temps considérable et de nombreuses autres activités de la vie sont délaissées et deviennent annexes à cause de cela . Celui ou celle - car il y aussi bien des hommes que des femmes qui sont concernés avec un sexe ratio de 30 pour 1 (donc 30 hommes pour une femme concernée) - qui est touché(e) par l’addiction au sexe va négliger ses amis, sa famille, ses loisirs et son travail pour partir à la chasse de nouveaux partenaires sexuels, sa vie se transformant en de perpétuelles escapades sexuelles. La perte de contrôle et le besoin irrésistible et obsédant de passer à l’acte sont des mots-clés comme pour toutes les addictions.

Il existe de plus trois symptômes cliniques majeurs de l’addiction au sexe. Le premier est la masturbation compulsive. Chez 70% des personnes concernées, elle représente la plus grande partie de l’activité sexuelle. L’objectif n’est pas le contact entre partenaire, mais la composante autoérotique. Le deuxième symptôme est le changement inlassable de partenaires sexuels (avant on parlait aussi du syndrome de Don Juan). Le troisième signe clinique est le mésusage de la pornographie. Là aussi environ 70% des personnes touchées par l’addiction au sexe sont concernées. A l’heure actuelle, on assiste également à des phénomènes de cybersexe ou onlinesexe. La mise en scène des actes sexuelles accompagne l’humanité depuis au moins l’antiquité et ceci probablement pour provoquer une certaine stimulation. Mais jamais, il n’a été aussi facile de voir toutes les manières et possibilités d’activités sexuelles comme aujourd’hui. Les sites pornographiques sont les sites les plus visités sur Internet et il faut souligner qu’environ 80% des consommateurs de la pornographie n’ont aucun problème avec « consommation ». Ils utilisent la pornographie comme la télévision de manière assez banale et décomplexée. La visite de ces sites sera bien plus problématique voire très clairement difficile pour d’autres personnes. Une autre particularité de cette pathologie est que les personnes souffrant d’une addiction au sexe n’éprouvent pas de véritable satisfaction.

Comment comprendre l’addiction au sexe ?

Il y a des façons différentes d’appréhender cette question. L’une d’elle est de la voir comme une addiction. Et effectivement, si l’on reprend la définition de « l’addiction » comme étant un trouble caractérisé par l’impossibilité répétées de contrôler un comportement en dépit de ses conséquences négatives (physiques, psychiques, familiales, professionnelles, sociales et autres).On ne peut nier que l’addiction au sexe répond bien aux critères décrits et que la plupart des signes et symptômes correspondent.

Mais il y a aussi des différences. Pour l’instant il n’y a pas de description d’un syndrome de sevrage et aussi le syndrome de tolérance est moins marqué que dans les autres addictions.

Une autre approche est de comprendre l’addiction au sexe comme un trouble compulsif comme les achats compulsifs par exemple.

Une troisième façon de comprendre l’addiction serait de la voir comme un trouble de l’impulsion.

Il s’agit probablement d’un mélange des différents aspects avec une prédominante des aspects addictifs.

Les conséquences

Les conséquences de l’addiction au sexe sont toujours un tabou. L’addiction au sexe provoque très rapidement un fort sentiment de culpabilité et de honte . La solitude s’installe. Le désespoir peut amener la personne concernée à des états dépressifs, des tentatives de suicides ou au suicide.

Il est impossible (ou tout au moins très difficile) de vivre avec une personne souffrant d’une addiction au sexe. Les problèmes de couple deviennent vite insurmontables et la rupture souvent inévitable.

L’addiction au sexe peut être coûteuse et ruiner financièrement la personne concernée.

Des problèmes de santé comme des maladies sexuellement transmissibles ou liés à une négligence de l’hygiène de vie surviennent également fréquemment. Souvent l’addiction au sexe est accompagnée par d’autres addictions comme le mésusage d’alcool ou l’abus des tranquillisants et des somnifères.

La prise en charge de cette addiction

La probabilité qu’une personne touchée par l’addiction au sexe s’en sorte sans aide extérieure est assez faible. Aux Etats-Unis, l’addiction au sexe est prise en charge dans des cliniques spécialisées.

En France, les premiers interlocuteurs sont le médecin généraliste et le psychiatre . Il est rare que le premier motif des consultations sur le sujet soit justement « l’addiction au sexe ». Le motif premier peut être un épisode dépressif caractérisé, une tentative de suicide, une autre addiction ou bien encore une maladie sexuellement transmissible.

La prise en charge est composée par l’association des approches psychothérapiques (principalement sur des thérapies cognitivo-comportementales) et éventuellement pharmacologique par antidépresseurs par exemple. La prise en charge psychothérapique est axée sur la reprise du contrôle du comportement, un travail sur les émotions et le contrôle d’impulsions.

Pour aller plus loin

l'amour est une addiction

Un livre sur l'amour, écrit par l'un des pionniers de l'addictologie en France.